Figure (8)

Paulin Gagne (1808-1876)

Monsieur Paulin Gagne a longtemps vécu dans la Drôme, dont il était originaire. Il était avocat, écrivain, et fou, dit-on. Peut-être vaudrait-il mieux, se référant en cela aux couvertures de ses publications, le définir comme il se présentait : sur la couverture de L’Océan des catastrophes, poème sur les désastres mondiaux du 8 février 1843 (contenant plus de 1000 vers), il se donne avocat à la Cour royale de Paris, auteur du Martyre des rois (sur la mort de M. Le Duc d’Orléans), du Délire (sur la catastrophe du chemin de fer), du Suicide (poème), et de la Gagne-Monopanglotte (ou la langue universelle) ; sur la couverture de l’Oracle (panglotte universel de toutes les langues dont il donne la clé et que tout le monde peut parler à l’instant même), on le voit avocat et homme de lettres, auteur de l’Unitéïde (poème en douze chants en soixante actes), auteur du Calvaire des rois (tragédie en cinq actes), du Congrès sauveur (poème en vingt-quatre chants), de la Monopanglotte (ou Langue universelle), de l’Expositionide (poème dramatique de l’exposition de 1867) ; sur son Histoire des miracles (renfermant une dédicace à Mme Gagne, un préambule historique, l’Histoire de ma mort, les Mémoires de ma vie miraculeuse et le Bonheur du crucifiement), il se donne Avocat des fous, auteur du Suicide (poème), du Théâtre du Monde, et Rédacteur en chef de l’Uniteur (journal universel des journaux) ; quant à son traité politique la Républiquéïde, (Empire-Royauté, seul gouvernement définitif de salut proclamé par le plébiscite-sauveur et dirigé par le Trium-Vir-Salvat de Thiers ou Hugo, ou du Duc d’Aumale, ou de Gambetta et de Napoléon III et de Henri V), vélocitête-poème-opéra dramatique, il s’y affiche Avocat-citoyen du peuple universel, apôtre-réconciliateur fraternel, auteur du Vélocitête de l’Unité universelle, ex-rédacteur en chef de l’Unité etc. etc.

En 1870, lors du siège de Paris, il se propose comme archi-monarque de la France et du monde, avec pour devise « Salvat ridendo mundum » (il sauve le monde en riant). Les œuvres de madame Elise Gagne sont moins connues, et répertoriées à la Bibliothèque Nationale avec celles de son mari : mais on y trouve Omégar ou le dernier Homme, proso-poésie dramatique de la fin des temps en douze chants, dont Paulin fit le prologue et l’épilogue, en 1859, où l’on trouve ce remerciement à monsieur Ulric Guttinguer, critique littéraire de la Gazette de France, qui avait écrit le 27 octobre 1837 que l’Unitéide de monsieur Gagne était « l’œuvre la plus gigantesque du passé, du présent, et même de l’avenir. »

Paulin Gagne mourut de misère le mardi 22 août 1876, vers Picpus je crois, où une maison de santé l’accueillait régulièrement, à Paris.