Sénèque : “De la vie brève”, texte et musique

Sénèque (ou pseudo-Sénèque, buste retrouvé à Herculanum)

Cela sortira sur toutes les plateformes de streaming en avril 2018. Spotify, Deezer, Itunes, Amazon music que sais-je encore vont donc pouvoir proposer une lecture de Sénèque mise en musique, et faire entendre les idées du stoïcien romain aux générations Y ou Z des médias sociaux et de la transformation numérique. L’outil du présent perpétuel est aussi celui de l’hypermnésie : pourquoi alors ne pas envisager maintenir de la mémoire par le biais de ces possibilités nouvelles de publication ; cela permettrait de démocratiser l’accès aux œuvres culturelles prétendument difficiles. Cela s’est cristallisé pour moi cet automne sur ce projet. Cela faisait suite à la mise en ligne de La luciole faisant entendre les paroles de Vanini et de Montaigne de la même façon.

Ce sera donc cette fois-ci une heure et quart de musique et de décors sonores. Mais je ne me doutais pas que l’idée de composer pour ces 20 petits chapitres m’amènerait à me frotter directement au texte latin : adapter les traductions libres de droits vieillies et datées dont nous disposons sur le Web, et obligeant parfois retraduire à partir du texte latin original lui aussi tout à fait disponible sur la toile : la “toile”  – formidable outil de connaissance avant tout, formidable mécanique démocratique du savoir que beaucoup, par peur du changement, travestissent (alors même qu’ils l’utilisent) en royaume désordonné livré à l’escroquerie complotiste et aux fakes news.

Je me suis donc aperçu à cette occasion que les traductions, non seulement vieillissent, mais se copient parfois les unes les autres jusqu’à l’accident – se confortant en s’éloignant de leur origine. Des glissements conceptuels qui équivalent aux légères mutations d’ADN en biologie, si l’on veut faire image. Les traductions vieillissent, les langues s’éloignent, une tectonique de plaques de sens à laquelle les traductions nouvelles (qui vieilliront également) cherchent à s’opposer en faisant à nouveau ressortir le commun, la proximité, l’actualité du texte ancien.

Concernant Sénèque, et son propos sur la brièveté de la vie, au delà des costumes, des toges prétextes, des orgies, des jeux du cirque, du jeu des clientèles – dont mutatis mutandis on pourrait entendre les formes équivalentes dans nos sociétés  – rien de plus actuel dans l’interrogation : c’est celle qui nous saisit tous sur le bon emploi de notre temps avant la mort. Et rien de funèbre dans son propos, délibérément tourné vers le temps sans regret d’une vie pleinement vécue, débarrassée du masque de ses affairements inutiles, de ses importances vaines, de ses ensorcellements sociaux qui nous font perdre la chose la plus précieuse que l’on ait : notre temps.

Exercice de liberté avant tout, ce texte. Je vais publier ici le livret de ma traduction une fois qu’elle sera enregistrée et distribuée. D’après mes souvenirs, les signes de ponctuations étaient rares en latin (peut-être les 3 types de points inventés par les Grecs, pour signifier des pauses plus ou moins longues entre les phrases, ou les membres d’une phrase) : aussi ai-je adopté pour la scansion du récitant une disposition en vers libre sur la page. Cela fera sursauter sans doute, cette disposition poétique pour un texte en prose. Mais le texte trouve aussi son sens dans la poésie qui en émane. Quant à ceux qui sursauteront aussi à quelques uns de mes choix de “post-moderne”, qu’ils me pardonnent. J’ai fait du Latin de la 5e à la première, où la matière était devenue facultative, raison pour laquelle au premier chahut je fus exclus définitivement par un professeur dont aujourd’hui j’ai parfaitement oublié le nom.